CPE : énième mesure pour les moins de 26 ans !

Publié le par Hugues

Et les jeunes...

 

Au cours des trois dernières décennies, trente-cinq mesures dites en faveur des jeunes ont été prises, tantôt par un gouvernement de droite, tantôt par un gouvernement de gauche. Impossible de toutes les lister, on ne retiendra que celles qui ont marqué une dégradation de la protection des moins de 26 ans.

Pacte national pour l'emploi - 1977. Le gouvernement de M. Raymond Barre lance la première formule de contrat à durée déterminée destiné aux jeunes chômeurs, assortie de mesures d'exonération de cotisations patronales.

Stage d'insertion à la vie professionnelle (SIVP) - 1983. Instauré par le gouvernement de M. Pierre Mauroy, ce stage est rémunéré entre un tiers et la moitié du smic (salaire minimum interprofessionnel de croissance), l'entreprise ne payant pas de cotisations sociales. C'est la première tentative de « smic-jeunes ». Contestés, ces SIVP sont supprimés en 1988.

Travaux d'utilité collective (TUC) - 1984. Le gouvernement de M. Laurent Fabius crée ces « petits boulots » de vingt heures par semaine, payés moins d'un demi-smic. Les TUC sont exclus du droit social commun (retraite, chômage), à l'exception de la couverture maladie, assurée par l'Etat. Contestés, ils disparaissent en 1989.

Contrat emploi-solidarité (CES) - 1989. M. Michel Rocard remplace les TUC par des contrats de deux ans maximum dans le secteur public non lucratif, avec une durée de travail fixée à vingt heures par semaine. Outre l'exonération de cotisations patronales, l'Etat prend en charge l'essentiel de la rémunération du salarié. Une première.

Contrat d'insertion professionnelle (CIP) - 1993. Inventé par le gouvernement de M. Edouard Balladur, ce contrat est destiné aux jeunes qualifiés (jusqu'à bac + 2) payés 80 % du smic. Le « smic-jeunes » est instauré... puis retiré quelques semaines plus tard, devant les manifestations étudiantes.

Emplois-jeunes - 1997. Mis en place par M. Lionel Jospin, ces contrats sont réservés aux secteurs public et associatif, et payés sur la base du smic horaire, quelle que soit la qualification, avec exonération de cotisations patronales, paiement par l?Etat de 80 % du salaire. L'innovation consiste à élargir la base de recrutement aux 26-30 ans.

Contrat jeune en entreprise (CJE) et contrat d'insertion dans la vie sociale (Civis) - 2002 et 2003. Concoctés par M. Jean-Pierre Raffarin pour remplacer les emplois-jeunes, alors supprimés, ces deux contrats reprennent toutes les dispositions précédentes (exonération de cotisations, prise en charge d?une partie du salaire...).

Contrat première embauche (CPE) - 2006. Nouvelle formule inventée par M. Dominique de Villepin pour tous les jeunes de moins de 26 ans - qualifiés ou non. Non seulement l'employeur bénéficie de tous les avantages habituels (exonération de charges...), mais il peut aussi, pendant deux ans, licencier le jeune embauché, quand il veut et sans aucun motif. Ce que le code du travail interdit depuis 1973.

Ces mesures à répétition n'ont pas empêché le chômage des moins de 26 ans de passer officiellement de 11,3 % en 1977 à près de 23 % actuellement. Peu à peu, les jeunes ont été sortis du droit commun du travail, payés en dessous du salaire minimum mensuel, et précarisés. Même le PDG de Veolia Environnement, M. Henri Proglio (1), reconnaît que cela pose problème et qu'il faudrait désormais « revaloriser le contrat à durée indéterminée comme forme normale d'embauche ».

 

Armelle Racinoux

 

(1)  « L’insertion des jeunes sortis de l’enseignement supérieur », rapport au gouvernement, d’abord gardé secret puis rendu public le 20 février.

Le Monde diplomatique, mars 2006.

 

Publié dans Lu dans la presse

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