Les prisons françaises : geôles de la honte

Publié le par Hugues

Le commissaire Gil-Robles défend son rapport

 

Le rapport du Conseil de l'Europe sur les prisons françaises, qualifié d'"injuste" par le Garde des sceaux, "montre les faits tels qu'ils sont", déclare le commissaire européen aux Droits de l'homme.

 

Le commissaire européen aux Droits de l'homme, Alvaro Gil-Robles a affirmé, dans un entretien jeudi 16 février au quotidien Aujourd'hui en France/Le Parisien, qu'il montrait "les faits tels qu'ils sont" dans les prisons françaises.

"Le rapport ne donne pas de leçon. Il montre les faits tels qu'ils sont" a-t-il déclaré en réponse aux propos du ministre de la Justice, Pascal Clément qui avait qualifié mercredi d'"injuste" le rapport, très critique, sur la situation des prisons en France établi par le commissaire aux Droits de l'homme du Conseil de l'Europe.

Selon Alvaro Gil-Robles, "les réactions montrent en tout cas la sensibilité aux problèmes soulevés". "Ce sont de vraies questions qui impliquent, dans un esprit positif, la nécessité de se mettre à travailler", a-t-il ajouté.

"Le commissaire aux Droits de l'homme n'est ni un procureur ni un accusateur public. Son rôle, en simple notaire, est de favoriser ce dialogue" avec la société, a estimé Alvaro Gil-Robles.

"Pas la réalité des efforts"

Le ministre français de la justice avait qualifié mercredi d'"injuste" le rapport sur la situation des prisons en France.

Ce rapport contient des éléments "incontestables" mais également des éléments "erronés" ou dépassés, a estimé Pascal Clément lors d'une conférence de presse à Paris.

Ce document ne reflète "pas la réalité des efforts sans précédent pour moderniser le parc pénitentiaire" des gouvernements appartenant à l'actuelle majorité, a critiqué Pascal Clément, rappelant qu'entre 1900 et 1986 "aucun programme immobilier pénitentiaire n'a été mis en oeuvre".

Absence de programme immobilier

"Si nos prédécesseurs avaient lancé un programme immobilier, je serais en ce moment en train d'inaugurer une prison par mois", a-t-il ironisé, rappelant que le programme de 13.000 places supplémentaires de prison avait été lancé par l'actuelle majorité en 2002.

Concernant la présence très limité de l'avocat lors des gardes à vue, épinglée par le rapport, le ministre a indiqué qu'il retenait une suggestion du commissaire pour les suspects de grand banditisme ou de terrorisme pour lesquels l'avocat est admis seulement à la 72ème heure de garde à vue.

Alvaro Gil-Robles a suggéré que l'avocat ne soit pas choisi par le suspect mais commis d'office.

Le ministre a déclaré qu'il aimerait "voir prospérer cette idée" ajoutant qu'elle serait "versée par (ses soins) à la réflexion" menée depuis l'affaire d'Outreau.

L'analyse des syndicats

Officiellement publié mercredi 15 février, l'étude d'Alvaro Gil-Robles est jugée comme une "honte" et une "nouvelle gifle" pour la France par les syndicats de la pénitentiaire.

"Ce rapport est une honte pour la République. Le bilan catastrophique qui est fait des établissements pénitentiaires qui souffrent de surpopulation et d'un manque de moyens est indigne de la France", a réagi Jean-François Forget de l'UFAP (majoritaire).

Le syndicat a toutefois regretté que "les difficultés des personnels ne soient pas assez soulignées alors qu'ils font en sorte que le navire ne coule pas".

Fo-Pénitentiaire (2ème syndicat) a déclaré n'être "pas surpris" par le rapport d'Alvaro Gil-Robles, rappelant que plus d'une centaine d'établissements dataient d'avant la 1ère guerre mondiale.

"Cercle infernal"

"Tous les ans, il y a des rapports sur la situation désastreuse dans les prisons mais rien n'avance, on peut construire de nouvelles prisons, si on ne respecte pas le principe un détenu par cellule, on sera toujours dans un cercle infernal", a souligné Christophe Marques de FO, dénonçant "un manque cruel de surveillants et de moyens financiers".

La CGT-pénitentiaire (3ème syndicat) a enfin estimé que le rapport était "une nouvelle gifle" pour la France et appelé, dans un communiqué, à "un changement radical de politique pénale avec pour effet un diminution du taux de détention".

Dans, son rapport Alvaro Gil-Robles dénonce la "surpopulation chronique" des prisons françaises, liée à l'augmentation du nombre de condamnations, à la longueur des peines et "au manque de financement pour accompagner cette tendance".

Cette surpopulation prive "un grand nombre de détenus de l'exercice de leurs droits élémentaires", souligne le rapporteur, qui se dit "choqué" par les conditions de vie dans les maisons d'arrêt de la Santé à Paris et des Baumettes à Marseille.

Nouvelsobs.com, 16-02-2006

Lire l’intégralité du rapport du commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe.

Accéder au dossier du NouvelsObs consacré aux prisons.

Publié dans Lu dans la presse

Commenter cet article