Bolkestein : importante mobilisation

Publié le par Hugues

 

Marée syndicale à Strasbourg contre la directive Bolkestein

La Confédération européenne des syndicats (CES) a réussi sa démonstration de force contre le projet de directive sur la libéralisation des services, dite directive "Bolkestein", en rassemblant des dizaines de milliers de manifestants mardi à Strasbourg.

Le défilé, qui s'est étiré depuis la gare jusqu'au parlement européen, a réuni sans incident 30 à 35.000 personnes, selon la police, 40 à 50.000, selon des sources syndicales.

Français et Allemands constituaient le gros des troupes mais la plupart des pays membres de l'UE, et même des pays candidats comme la Bulgarie, étaient représentés.

Au même moment, les eurodéputés débattaient pour la première fois en séance plénière de ce texte très controversé qui a été au coeur de la campagne pour le "non" au référendum français sur la Constitution européenne.

"Nous avons gagné cette bataille. Les syndicats progressent en Europe", a lancé à l'issue de la manifestation John Monks, secrétaire général de la CES, monté sur un podium installé devant le parlement.

Rappelant que la CES s'était battue dès le départ pour le retrait du texte ou pour qu'y soient apportés "des changements fondamentaux", il a estimé que le vote de jeudi serait "une énorme victoire pour tous les travailleurs" si les eurodéputés entérinaient le compromis auquel sont parvenus les socialistes et les conservateurs.

Cette ligne n'est cependant pas celle de toute la CES, comme l'a rappelé le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibaut. "La directive Bolkestein, c'est comme le Contrat première embauche: au panier!", a lancé ce dernier de la tribune.

Les socialistes français, présents dans la manifestation, sont sur la même ligne, tout comme l'Unsa ou FO.

"Si on se contentait du compromis qui a été passé, on resterait au milieu du gué", a déclaré à Reuters Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de Force ouvrière.

Il met en avant les nombreuses "zones d'ombre" du compromis, tant concernant les modalités de contrôle sur les entreprises intervenant dans un autre pays que le statut des services publics.  

 

 

"COW-BOY ECONOMY, NO !"

A l'inverse, François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, revendique intégralement la position de la CES. "Il serait dommage que la gauche française soit en rupture sur ce sujet-là avec le syndicalisme européen", a-t-il affirmé devant des journalistes.

Ces divergences traversaient la manifestation en tête de laquelle avançaient les dirigeants syndicaux des 25 pays de l'Union et une banderole proclamant: "Services for the people (Services pour le peuple), il faut changer de direction".

Au fil du cortège, on pouvait lire "The service directive, no way for Norway" (La directive Services, pas pour la Norvège), "Non au dumping salarial" ou encore, en anglais sur une banderole allemande: "Quality service, yes, cow-boy economy, no!"

Autant, sinon plus, que contre la seule directive "Bolkestein", c'est contre une Europe jugée trop libérale que s'étaient mobilisés les participants. En témoignait la présence de nombreux salariés de l'industrie, membres d'IG-Metall en Allemagne ou délégations françaises de Seb ou d'Arcelor.

"Nous manifestons contre tous les projets de privatisation du gouvernement", a dit à Reuters Jean-Marie Kevelaer, l'un des responsables de la Confédération des syndicats chrétiens belges, pour qui il s'agit d'abord de défendre les services publics.

"Dans le bâtiment, si un Allemand qui a fait beaucoup d'études se présente en même temps qu'un Polonais, il reste à la porte et c'est le Polonais qui se fait embaucher", a expliqué pour sa part Alfred Montada, syndicaliste sarrois d'IG Metall, partisan d'un rejet du texte.

Les Polonais sont pourtant eux aussi concernés, comme l'attestait la présence, non pas de leurs désormais mythiques plombiers, mais d'une délégation de 200 enseignants du syndicat Solidarnosc.

"On n'est ni tout à fait pour, ni tout à fait contre la directive. On est pour le respect des clauses sociales mais on est aussi pour l'ouverture du marché", a indiqué à Reuters Stefan Kubowicz, président de la branche éducation du syndicat.

Et de préciser: "On ne peut pas être d'accord avec le dumping social parce que dans quelques années, quand l'Ukraine va rejoindre l'Union européenne, ce sera la même chose pour la Pologne".  

Gilbert Reilhac

 

Reuters, 14-02-2006.

Publié dans Lu dans la presse

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