Plan immigration

Publié le par Hugues

 

Un projet gouvernemental xénophobe

IMMIGRATION. Nicolas Sarkozy a délivré les grands axes du projet de loi qu’il va présenter jeudi en Conseil interministériel. Un discours bien léché pour faire passer un texte xénophobe.

« Le système d'intégration à la française ne fonctionne plus.» Cette entrée en matière du ministre de l'Intérieur dans l'interview au Journal du dimanche d'hier, où il livre le fond du projet de loi qu'il présentera jeudi au cours d'un conseil interministériel, est une de ces affirmations péremptoires qui permet de jouer sur le populisme, sans reposer sur la moindre analyse. De «système », il n'y a jamais eu, et ses blocages sont dus à une véritable volonté politique et idéologique de paupérisation, de stigmatisation. Pour « s'intégrer », il faut être deux, et 1’État, en maintenant systématiquement un volet de main-d’œuvre en situation irrégulière, en favorisant les discriminations, en porte la responsabilité. Il est facile, ensuite, d'en faire porter le chapeau à l'immigration familiale. D'autant que pour la droite, un bon étranger a toujours été un célibataire jetable.

«Immigration choisie». L'euphémisme est plus joli que « contrôle » des flux migratoires. Il dégage un petit parfum de nationalisme qui fleure le colonialisme impérial. Il est plus « acceptable » que l'immigration zéro défendue par Le Pen que Sarkozy jette dans le même panier que « l'intégrisme » de ceux « qui estiment que tout contrôle porte en lui les germes d'une forme de racisme » et favoriserait « amalgames, tensions et racisme ». La connivence avec, les discours d'extrême droite, ce mépris pour les « droits-de-l'hommistes », c'est toute la vision de la société du libéralisme sarkozien.

L’argument de la fuite des cerveaux

L'art de jouer sur les mots ne s'arrête pas là. Le ministre est contre la fuite des cerveaux. Soit «Faire venir 10 000 informaticiens indiens ne s'ap­parente pas à un pillage d'élite », mais « une vingtaine d'étudiants en médecine du Bénin », oui. En conclusion, la France ira bien faire son mar­ché où elle veut, pour qui elle veut : les personnes hautement qualifiées et les étudiants qui choisiront «une filière univer­sitaire pour laquelle on manque d'étudiants ».

Lutter contre les em­ployeurs de main-d’œuvre clandestine ? Le bât blesse quand le ministre précise: « Les étrangers qui travaillent illéga­lement ont vocation à être ex­pulsés. » Quel est l'intérêt, hu­main et financier, de renvoyer des gens qui occupent un cré­neau de main-d’œuvre à bas prix -bâtiment, restauration, textile - qui fera partie de la de­mande française d'immigration légale? Pourquoi ne psa transférer ces gens dans le circuit, puisqu'ils ont déjà une préformation à la vie en France? Contre-productif et démagogique.

Et puis il y a la désinformation. « Dix ans de clandestinité, continue sur le territoire français ne donneront plus droit automatiquement à un titre de séjour. » Il n'y a jamais eu automatisme. Le ministre pourrait donner le nombre de personnes sans papiers qui n'on pas été régularisées malgré leurs dix ans et plus de présence continue. Même chose, quand il s'explique sur la reconduite à la frontière d'un jeune Malien pris dans les violences de banlieue. Selon lui, c n'est pas de la double peine parce que « la double peine c'était l'automaticité de l'expulsion quand il avait condamnation». Non, ce n'était pas automatique, il fallait une deuxième décision du juge. Cela dit, le gouvernement s'est toujours réservé, souverainement, la définition du «trouble à l'ordre public ».

Émilie Rive

In L’Humanité,  06-02-2006

Publié dans Lu dans la presse

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