La loi américaine sur les entreprises appliquée France !

Publié le par Hugues

United Airlines délocalise 260 salariés

Emploi. La compagnie aérienne veut fermer sa base de Roissy. Des dizaines d’hôtesses et de stewards sont menacés de licenciements sans indemnités ni droits aux ASSEDIC.

Les personnels navigants commerciaux de la compagnie aérienne américaine United Airlines, basés à Paris, ne décolèrent pas. Ils ont pris connaissance le 25 janvier dernier de la décision de la direction de supprimer leur base de Paris à compter du 1er mai prochain. Les vols, notamment transatlantiques, assurés depuis la capitale française, seront dorénavant pris en charge par d’autres équipages. « United Airlines veut nous délocaliser à Londres pour alléger ses coûts salariaux. Les salariés de Paris sont placés sous le régime français de protection sociale.

« Un sort inacceptable »

Le régime britannique est lui plus favorable à l’employeur en matière de cotisations sociales », explique amèrement Michael-Eric Schwaabe, vice-président de l’Association of Flight Attendant (syndicat américain affilié à l’AFL CIO). Un syndicat américain pour défendre des salariés exerçant leur profession en France. À première vue, cela peut paraître surprenant. Mais en 1992, lors de son implantation en France, United Airlines a obtenu le droit d’appliquer la législation des États-Unis. Les 260 hôtesses de l’air et stewards en postes à Roissy ont signé, lors de leur embauche, des contrats de travail américains. Ces contrats précisent que le salarié peut être affecté à d’autres bases. Les personnels navigants commerciaux basés à Paris, s’ils veulent conserver leur emploi, sont ainsi contraints d’accepter une mutation à Londres ou Francfort. Ceux qui ne l’accepteraient pas seront, comme l’affirme un document interne d’United Airlines, considérés comme ayant opté pour un départ volontaire de l’entreprise. À ce titre, ils ne bénéficieront ni d’indemnité de licenciements ni de droit aux ASSEDIC. « Un sort inacceptable », juge Michael-Eric Schwaabe. Le syndicaliste soupçonne United Airlines de plan de licenciements déguisé. « Beaucoup d’hôtesses ou de stewards ont une famille installée en France, un conjoint qui y travaille. Autant de raisons qui pousseront beaucoup à refuser une mutation. United Airlines ne peut pas l’ignorer », précise le syndicaliste

Hôtesses et stewards n’entendent pas se laisser faire. « Nous avons déjà accepté deux réductions de salaire et une hausse de la productivité depuis que la compagnie a été placée sous la protection de la loi américaine sur les faillites », explique Valérie Martinez, hôtesse de l’air chez United Airlines depuis treize ans. Avec le syndicat américain, épaulés et conseillés par la CGT et la CFDT, les salariés n’écartent pas de recourir à la justice. Ils multiplient les démarches pour obtenir des soutiens. Ils ont également interpellé de nombreux parlementaires. Le sénateur communiste de Seine-Maritime, Thierry Foucaud, a écrit au ministre des Transports, Dominique Perben, pour lui demander d’intervenir. Le sénateur estime qu’United Airlines ne respecte pas les engagements qui lui avaient permis en 1992 d’obtenir le droit d’appliquer la législation en matière de travail des États-Unis. Malgré cette démarche et d’autres en direction du premier - ministre, le gouvernement - refuse, pour l’instant, d’intervenir dans le dossier.

Pierre-Henri Lab

In L'Humanité, 02-02-2006

Publié dans Lu dans la presse

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