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Dimanche 14 mai 2006

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Dimanche 14 mai 2006

Succès de la manifestation nationale contre la loi Sarkozy sur l'immigration

 

Plusieurs milliers de personnes (11.200 selon la police, 35.000 selon les organisateurs) venues de plusieurs villes de France ont défilé samedi après-midi à Paris à l'occasion d'une manifestation nationale pour le retrait de loi Sarkozy sur l'immigration, dont le vote en première lecture est prévu à l'Assemblée nationale en milieu de semaine prochaine.

Cela fait plusieurs années qu'une manifestation nationale de soutien aux immigrés n'avait pas réuni autant de monde dans la capitale.

Le cortège s'est ébranlé vers 15h30 de la place de la République, pour rejoindre sous une pluie orageuse la place Saint-Augustin, non loin du ministère de l'Intérieur et du siège de l'UMP.

Les manifestants répondaient à l'appel du collectif «Uni(e)s contre une immigration jetable», qui regroupe plus de 400 associations, organisations politiques de gauche, et syndicats. 

« Loi Sarkozy = immigration jetable. Non!», pouvait-on lire sur une banderole rouge surplombant la tête du cortège, où se trouvaient notamment Jean-Luc Mélenchon (PS), Marie-George Buffet (PCF), Olivier Besancenot (LCR), Arlette Laguiller (LO), le secrétaire général de la Fédération syndicale unitaire (FSU) Gérard Aschieri ou encore Annick Coupé, porte-parole du «Groupe des dix-Solidaires», qui rassemble essentiellement les syndicats Sud.

« Le discours de Sarkozy est teinté d'une démagogie qui fait des immigrés les responsables de tous les maux», a déclaré M. Aschieri à l'Associated Press. Pour lui, «après l'Assemblée, il y aura le Sénat. La bataille n'est donc pas terminée. Si le texte est voté, il faudra continuer à se mobiliser pour faire reculer le gouvernement, comme on l'a fait avec la CPE qui lui aussi avait été voté».

« C'est pas les immigrés, c'est pas les sans-papiers, c'est Sarko qu'il faut virer!», «L'immigration jetable, on n'en veut pas! Solidarité avec les immigrés! Régularisation de tous les sans-papiers» ou encore «Sarkozy, les immigrés qu'on trie, c'était sous Vichy», scandaient les manifestants.

Des représentants des collectifs de sans-papiers venus notamment Nantes, Lille, Alençon et Rouen étaient présents dans le cortège, aux côtés de militants syndicaux, de la Ligue des droits de l'Homme (LDH), de la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE), du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) ou encore de lycéens et d'étudiants de l'UNEF ou de l'UNL.

Les membres de groupes locaux du «Réseau éducation sans frontières (RESF)» -qui se bat contre l'expulsion des lycéens sans papiers et de leurs familles- étaient aussi présents un peu partout dans le cortège.

Jacqueline, grand-mère nantaise de 70 ans souhaitant ne pas dévoiler son nom, était venue avec son petit-fils défiler aux côtés du collectif de sans-papiers de sa ville. «On aide déjà des gens isolés, parfois avec leurs enfants, qui se battent depuis plusieurs années. Si la loi passe, on continuera à se battre», a-t-elle déclaré à l'AP.

« Ce texte va nous faire faire un bon en arrière. Vous imaginez la situation que cela va créer pour tous les gens qui sont là depuis dix ans et qui espéraient pouvoir respirer un peu?», a-t-elle ajouté.

La loi Sarkozy prévoit en effet de mettre un terme aux régularisations automatiques après dix ans de présence clandestine sur le territoire français.

« Nous sommes étrangers à la haine», pouvait-on lire sur une banderole de la Cimade (association oecuménique d'entraide), tandis qu'au coeur du cortège, une effigie du ministre de l'Intérieur était frappée de deux mots: «Danger public».

Commentant les diverses mesures de la loi Sarkozy, le sénateur socialiste Jean-Luc Mélenchon a expliqué que le texte «ne fera pas un seul immigré de moins, mais des milliers de clandestins en plus».

AP, 13-05-2006.

Samedi 6 mai 2006

 

Chômeurs sous-traités

Après les révélations de LHumanité relatives à l'ambition de l’ANPE d’organiser le tri sélectif des chômeurs, Le Figaro  du 6 mai confirme l'information et expose les prochaines étapes du projet. Extrait : 

 

«Reclassement des chômeurs : le privé plus efficace que l’ANPE

L’Unedic va étendre à douze nouveaux territoires les appels d’offres aux sociétés privées pour reclasser les chômeurs longue durée.

Le rôle des sociétés privées dans le reclassement des chômeurs de longue durée va se renforcer. Ce dispositif a jusqu’à présent été expérimenté dans sept territoires. Devant le succès rencontré, le conseil d’administration de l’Unedic devrait décider, mardi, détendre l’expérimentation à une douzaine de nouveaux sites. Des appels d’offres seront lancés pour attribuer les marchés à une dizaine d’opérateurs privés. L’objectif de l’Unedic, qui veut réduire son déficit, est d’étendre ce dispositif à 60 000 demandeurs d’emploi. Au cours des douze derniers mois, 9 000 personnes en ont profité. « Nous adoptons une politique des petits pas car nous voulons être sûrs de l’adhésion des partenaires sociaux pour un dispositif qui a suscité des critiques », commente Claude de Rosier, directeur général adjoint de l’Unedic, en charge du réseau des Assedic.

L’expérience a démarré il y a deux ans. L’australien Ingeus était chargé de reclasser 6 000 chômeurs des agglomérations de Lille et Rouen. Elle a ensuite été étendue à la Défense et Strasbourg. Les deux sites ont été désignés pour tester un dispositif spécial pour les cadres de plus de 45 ans. La région lyonnaise, Nice, SophiaAntipolis et Toulon et enfin Marseille et Avignon en ont également bénéficié. Ces sites ont été retenus pour leur taux de chômage élevé.

A Marseille et Avignon, l’ANPE a sélectionné il y a un an 1 000 demandeurs d’emploi présentant des risques de chômage longue durée. Elle leur a proposé de bénéficier d’un accompagnement spécifique pour accélérer leur retour à l’emploi, cette tâche étant confiée au cabinet privé BPI.  […] »

Lire l’intégralité de l’article

Pour en savoir plus :

- Lire l'entretien de François Lequeux, porte-parole de l'Association Pour l'Emploi, l'Information et la Solidarité des chômeurs et des précaires.

- Lire les principales mesures de la convention UNEDIC-ANPE.

Jeudi 4 mai 2006

L'inspection du travail dont rêve Laurence Parisot

 

Extrait de la lettre adressée, le 9 mars, pr Lurence Parisot au ministre délégué à l'Emploi, Gérard Larcher. 

Selon elle, les inspecteurs du travail sont d'abominables gêneurs .

 

Malgré les cris d'orfraie que poussent régulièrement les dirigeants patronaux contre une administration tatillonne qui les empêche de faire leur boulot, la France est le pays d'Europe où les entreprises sont le moins harce­lées. On y dénombre à peine plus de 1300 inspecteurs et les muscles en cognant sur des inspecteurs ou des contrô­leurs du travail ? contrô­leurs du travail (ces derniers se limitent à surveiller les petites boîtes), soit 30 % de moins que la moyenne européenne.

En 2006, cet effectif bénéficie­ra du prodigieux renfort de 91 agents, à comparer avec le nombre de recrues dans la police (2 600) annoncé par Sarkozy.

Suivez le guide

Le 9 mars dernier, Gérard Lar­cher, ministre délégué à l'Emploi, présentait une réforme destinée à augmenter de 700 agents avant 2010 l'effectif de l'Inspection du travail. Cette audace a provoqué un véritable tollé au Medef : le jour même, Laurence Parisot, pré­sidente du syndicat des patrons, demandait par écrit (notre docu­ment) à Larcher d'abroger son pro­jet comme un vulgaire CPE pour engager une « concertation ap­profondie avec les entreprises ».

Dans sa lettre au ministre, la cheftaine du patronat affirme tout de go que l'augmentation des ef­fectifs « n est pas pertinente ». Selon elle, mieux vaudrait éditer des « guides pratiques » dont feraient leur miel tant les employeurs que les inspecteurs du travail, qui, à l'en croire, ont du mal à « com­prendre et appliquer une régle­mentation devenue complexe et abondante ». Ces fonctionnaires, honorablement diplômés, seraient-­ils incapables de lire le Code du travail ?

Laurence Parisot considère aussi que ces inspecteurs devraient mieux aimer l'entreprise. Et moins leurs syndicats. Dans les critères d'avancement, il faudrait tenir compte de leur aptitude à saisir les impératifs de la vie des socié­tés, et rendre obligatoires les stages dans des boîtes privées pour ces fonctionnaires. Et pourquoi pas chez l'un de ces cinquante petits patrons qui, selon les chiffres offi­ciels, se sont amusés, l'an dernier à se faire

Alain Guédé

 Le Canard enchaîné, 03-05-2006.

Mercredi 3 mai 2006

Tout a commencé un jour de 1972

 

L’individualisation du travail n'est pas apparue seulement en raison de la récente modernisation, liée à la crise ouverte par les nouvelles formes de la concurrence et l'évolution du marché. Elle s'est amorcée dans les années 1970, en réaction aux événements de 1968, très déstabilisateurs pour le patronat français de l'époque : la violence de la remise en cause du travail taylorisé et de l'autoritarisme, l'explicitation d'un refus de l'exploitation et des inégalités, au nom d'un droit à l'épanouissement personnel, tout cela a convaincu le patronat de la nécessité de procéder à des réformes d'ampleur pour contrecarrer cette lame de fond. Son projet est alors simple mettre en oeuvre tous les moyens susceptibles de minimiser les sources du mécontentement et surtout son expression.

Les assises du Conseil national du patronat français (CNPF) à Marseille, en 1972, posent la question de l'humanisation et de la revalorisation du travail. A la même époque, le gouvernement cherche, lui aussi, des solutions. Il crée l'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (Anact), et un secrétariat d'État... à la revalorisation du travail manuel. L'objectif officiel est de rendre l'organisation du travail plus attrayante : s'inspirant des expériences scandinaves, les dirigeants d'entreprise introduisent la rotation des tâches, leur élargissement, leur enrichissement et, dans certains cas, ils instaurent des groupes semi-autonomes de production.

Mais, dès le début, le patronat concentre ses efforts sui l'individualisation systématique de la gestion des salariés, véritable cheval de Troie lancé dans la bataille pour inverser un rapport de forces devenu par trop défavorable et lié à l'extension de la classe ouvrière. Conçue pour miner la capacité des salariés à contester de façon massive, cette individualisation prétend satisfaire certaines aspirations manifestées en 1968, telle la prise en compte de la personne, de ses besoins, de son mérite.

C'est alors le début d'une longue série de réformes qui vont significativement transformer la vie au travail sans changer fondamentalement le travail. En ligne de mire, tout ce qui est collectif

Cela commence au début des années 1970, quand l'introduction des horaires variables ou à la carte individualise l'arrivée et le départ au travail. Cela désoriente les syndicats ils ne peuvent aller à l'encontre de ce qui est vécu par les salariés comme un desserrement des contraintes, mais ils se trouvent confrontés à un problème de contact avec les salariés et de distribution des tracts. La Revue du CNPF consacre l'année 1976 comme « l'an I de l'horaire souple » .

Dans sa thèse sur l'histoire de l'usine Peugeot de Sochaux, Nicolas Hatzfeld relate de façon magistrale la mise en place de cette stratégie post-68 dont les objectifs sont clairs : « Démassifier, revaloriser-hiérarchiser, personnaliser», selon la formule établie par le responsable de la gestion des personnels ouvriers Il s'agit de « briser la logique massive qui découle de la conjonction de deux éléments : l'organisation taylorienne du travail d'un côté, et la puissance d'un syndicalisme de classe représenté par la CGT et la CFDT de l'autre côté ».

Cela s'accompagne de l'individualisation des primes et des augmentations de salaire. C'est à cette époque qu'apparaissent, dans les conventions collectives, des critères qui ne s'appuient plus seulement sur la définition des qualifications requises pour un poste de travail mais également sur les « compétences des salariés ». Ils sont appelés « critères classants ». La volonté affichée est de moderniser les grilles de classification, mais cette modernisation se fait en brisant les logiques collectives.

L’importance accordée dès le début des années 1970 à la communication d'entreprise, destinée à faire passer d'autres valeurs que celles véhiculées par les organisations syndicales, poursuit le même objectif. Tout comme la mise en place de cercles de qualité, à la même période, anticipant le grand élan participatif. Le patronat veut instaurer des relations directes entre les salariés et leur hiérarchie, afin de marginaliser l'influence des collectifs, décrétés archaïques.

Parachevant cette approche, les années 1990 voient se généraliser les entretiens directs : le salarié s'engage auprès de son supérieur immédiat à réaliser un certain nombre d'objectifs et participe à l'évaluation de ses performances un an plus tard, comme dans une sorte de confessionnal où il doit vanter ses mérites et avouer ses fautes ou ses insuffisances.

Ces évolutions ont conduit à une réelle atomisation remplaçant les anciens rapports sociaux, qui se caractérisaient par l'existence de puissants collectifs informels et par une solidarité de classe, comme l'ont montré les spécialistes de l'histoire sociale de l'entreprise.

 

Danièle Linhart

 

Extrait de Le Monde diplomatique, mars 2006, pp.16 et 17.

 

Pour en savoir plus :

Lire Le Dossier travail du Monde diplomatique  du mois de mars 2006.

Samedi 29 avril 2006

 

Fête du travail ou Journée internationale des travailleurs ?  

Petit aperçu historique

1889. La IIe international, réunie à Paris. Il est alors décider de faire du 1er mai une journée de manifestation avec pour objectif la réduction de la journée de travail à huit heures. La journée internationale des travailleurs est née.

1890. Premier ler mai en France. A Paris les guesdistes organisent une « mise en demeure » auprès des élus. Les guesdistes sont les disciples de Jules Guesde, le vulgarisateur du marxisme en France.

1891. À l'occasion du 1er mai, de graves incidents advenus à Fourmies se soldent par la mort de dix manifestants dont quatre femmes et un enfant, victimes des forces de l'ordre.

1906. A partir de 1901, la CGT affirme sa suprématie le premier mai. En 1904, son 7e congrès lui donne mandat « d'organiser une agitation intense et grandissante à l'effet que le 1er mai 1906, les travailleurs cessent d'eux même de travailler plus de huit heures ». La journée devient l'expression la meilleure de la « Grève générale » dont la confédération se réclame.

1919.  Ce premier 1er mai depuis la guerre 1914-118 a été précédé par une loi qui limite à 8 heures la journée de travail. Ce premier mai connaît la plus importante mobilisation de masse jamais réalisée depuis sa création. A Paris, de violents incidents se soldent par trois morts.

1937. Ce premier mai coïncide à quelques jours près avec le premier anniversaire de l'arrivé au pouvoir du Front populaire. Il revêt des allures de fête de souveraineté et réunit plus de manifestants qu'en 1919.

1941. le Maréchal Pétain institue une « fête du Travail » à la date du premier mai. La fête est légale et chômée.

1942. Le 1er mai 1942, les diverses composantes de la Résistance organisent des « manifestations patriotiques » d'ampleur et aux conséquences effectives pour le développement des combats.

1945. La CFTC refuse de participer au cortèges du premier mai à l'appel de la CGT. Elle cesse du moins d'organiser sa propre fête du travail le jour de l'Ascension et organise pour la première fois un meeting le premier mai.

1948. Le général de Gaulle organise la fête du RPF le 1er mai pour redonner à cette journée  « monopolisée par les séparatistes [la CGT] ce caractère de fête nationale qu'il lui avait conféré le 1er  mai 1942 ». La CGT-FO et la CGT manifestent en ordre dispersé.

1968. Ce premier mai qui précède de quelques jours les « événements de mai » atteint une ampleur jamais vu depuis la Libération. A Paris, la CGT renoue avec un défilé dans les rues pour la première fois depuis 1953.

1970. la CFDT défile pour la première fois aux côtés de la CGT.

1988. Jean-Marie Le Pen, leader de l'extrême droite française, organise un rassemblement à Paris. Les confédérations syndicales appuyées par diverses associations réagissent en ordre dispersé.

2002. Suite à l’arrivée au second tour des élections présidentielles de Jean-Marie Le Pen, plus de 2,6 millions  de personnes participent aux manifestations du 1er mai.